Assemblée plénière des évêques du 28 au 31 mars 2023

Discours d’ouverture de l’Assemblée plénière de printemps à Lourdes, par Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, Président de la Conférence des évêques de France, le mardi 28 mars 2023.

©CEF – JP Pons

Chers Frères évêques, Mesdames et Messieurs, chers Frères et Sœurs, chers amis,

Nous ouvrons ce 28 mars notre assemblée de printemps. Nous sommes rassemblés dans la semaine de la Passion et achèverons nos travaux vendredi, à temps pour rentrer dans nos diocèses et nos paroisses et communautés afin de célébrer la Semaine Sainte.

Je salue ici ceux qui participent à cette assemblée pour la première fois comme évêques : Mgr Jean Bondu, évêque auxiliaire de Rennes, ordonné le 22 janvier 2023, Mgr Loïc Lagadec, désormais évêque auxiliaire de Lyon, ordonné le 30 avril prochain, et je salue les administrateurs diocésains qui ont déjà tous au moins une expérience. Je salue aussi Mgr Peter Karam, administrateur sede plena de l’éparchie Notre-Dame du Liban des Maronites. Il nous vient des États-Unis, via le Liban. J’espère que notre fraternité le consolera de tout ce qu’il a dû laisser. Pouvez-vous, Monseigneur, dire à Mgr Gemayel notre souvenir fidèle ?

Puissiez-vous, chers amis, trouver dans cette assemblée de la force et de l’encouragement pour votre mission nouvelle.

Je voudrais saluer la présence parmi nous de Mgr Didier Berthet qui a repris vaillamment le cours de sa charge, et remercier Mgr Denis Jachiet qui a assumé l’administration du diocèse pendant six mois, mais aussi Mgr Alain Guellec, qui a laissé seul l’archevêque de Montpellier pour recevoir la charge du diocèse de Montauban et Mgr Emmanuel Gobillard qui a été arraché à Lyon pour servir Digne et les Alpes de Haute-Provence. Dès la semaine prochaine, lors de la Messe chrismale, Mgr Bruno Valentin deviendra évêque de plein droit du diocèse de Carcassonne et Narbonne. Nous adressons un salut fraternel à Mgr Planet, qui va devenir émérite.

Je mentionne l’absence de Mgr Nourrichard, retenu dans son diocèse ; de Mgr Kratz, empêché comme chaque fois par les besoins de son traitement, et de Mgr Ravel, pour des raisons de santé ; de Mgr Thierry Brac de la Perrière, qui s’est retiré, vous le savez, pour un temps de repos et de reprise, et que Mgr Benoît Rivière supplée en tant qu’administrateur apostolique.

Enfin, nous confions à la miséricorde de Dieu Mgr Daniel Labille, évêque émérite de Créteil, décédé le même jour que le pape émérite Benoît XVI et Mgr Bernard Barsi, évêque émérite de Monaco, dont la mort le 28 décembre a pris tout le monde par surprise.

Nos assemblées sont des temps de travail, mais aussi de rencontres fraternelles et amicales, elles sont aussi des temps de liturgies communes et d’intercession. C’est pourquoi nous sommes heureux de pouvoir les tenir à Lourdes, près de la grotte de Massabielle où nous avons pu chanter les Laudes ce matin, en bénéficiant du soutien des sanctuaires, de leurs personnels et des pèlerins. Sans attendre, je remercie l’évêque de Tarbes et Lourdes, Mgr Micas, le recteur des sanctuaires, le P. Michel Daubanes, et toutes celles et tous ceux qui vont se mettre à notre service avec la disponibilité que nous savons et dont nous leur sommes très reconnaissants.

Nous prions ici ensemble pour les catéchumènes de nos diocèses. Nous voulons agir aussi pour qu’ils puissent être fiers de l’Eglise dont ils deviennent les membres vivants. Nous prions pour les prêtres qui sont nos premiers collaborateurs et pour les diacres ; sans eux, nos Églises particulières ne pourraient être des Églises du Christ Jésus, le Seigneur mort pour l’humanité marquée par le péché et ressuscité pour la vie de la multitude ; nous portons devant Marie, mère de l’Église, tous les fidèles que nous avons à servir, ceux et celles qui vont bien mais plus encore ceux et celles qui souffrent et, tout spécialement, ceux et celles qui souffrent du fait de membres de l’Église. Nous prierons pour la paix en Europe et ailleurs, dans la vérité et la justice, avec une intercession spéciale pour nos frères et sœurs ukrainiens et arméniens, dont je salue ici les éparques, mais sans oublier les pays d’Afrique qui nous sont chers. Nous prierons aussi ensemble pour notre pays, traversé de fractures difficiles à surmonter, pour nos concitoyennes et nos concitoyens inquiets pour leur avenir et celui de leurs enfants.

Nous prierons pour nos responsables politiques chargés de tracer des voies d’avenir qui puissent constituer un bien commun à tous, par lequel tous et toutes se trouvent, à un degré ou un autre, fortifiés, grandis, encouragés à vivre. La crise autour de la réforme des retraites met en question fortement les processus de concertation et de décisions collectives prévus par nos institutions ou, à tout le moins, leur mise en œuvre concrète. Les violences constatées en marge de certaines manifestations ou ces derniers jours, les violences commises par certains groupes qui érigent la violence en arme politique, les drames parfois provoqués par les réactions pas toujours assez maîtrisées de ceux qui servent l’ordre public, troublent nos concitoyens ; elles sont un symptôme, un symptôme alarmant de l’état du tissu social.

Le grand débat sur la fin de vie appelle de notre part une attention redoublée : avec beaucoup d’autres responsables religieux ou sociaux, avec beaucoup de penseurs et de praticiens de la médecine ou de l’accompagnement social, nous avons dit et redit notre opposition à l’euthanasie et au suicide assisté et notre vigilance face à des projets qui infléchiraient gravement tout le dispositif de santé de notre pays en donnant l’impression, quoi qu’il en soit des intentions, que précipiter la mort serait une solution raisonnable, sinon la plus raisonnable de toutes. Nous prierons ici pour notre conversion à tous, pour que tous, et non seulement les soignants et les acteurs sociaux du grand âge, nous nous rendions disponibles pour accompagner les personnes en fin de vie ou atteintes de maladies incurables en leur manifestant combien elles comptent pour nous, combien leur présence enrichit la communauté humaine. Nous sommes convaincus que notre pays peut mieux faire pour aider tous et chacun à vivre.

Mais, chers Frères évêques, chers Frères et Sœurs, chers amis, nous sommes réunis ici pour mener à bien deux grandes tâches et quelques autres :

Avant tout, pour recevoir les propositions des neuf groupes de travail dont nous avions décidé la constitution lors de notre assemblée de novembre 2021

ainsi que du groupe consacré à la démarche mémorielle suscité par le Conseil pour la Protection et la Lutte contre la Pédophilie. Outre pour chacun un évêque et une personne victime devenue témoin, une centaine de personnes prêtres ou diacres ou laïcs, religieux ou religieuses, ont accepté d’en faire partie à l’appel des personnes pilotes. Ils ont travaillé avec ardeur, sans compter leurs heures. Ils et elles sont presque tous là en ce jour pour achever avec nous cette phase de notre travail. En votre nom, avant même de commencer, je leur exprime notre profonde gratitude. Nous, les évêques, avons pu vérifier, en les rencontrant en provinces ou par conseils ou commissions, l’esprit de service du Seigneur Jésus et de son Église qui les a animés et conduits aux recommandations qu’ils nous font. Nous avons pu entendre aussi combien l’écoute des personnes victimes avait été décisive pour eux, leur faisant découvrir comme elle nous a fait découvrir à nous la violence que certains avaient pu subir dans notre Église qui devrait pourtant n’être que l’Église du Fils bien-aimé qui se livre pour ses frères et ses sœurs. Le travail demandé visait à nous aider à éviter de telles violences en rénovant certains de nos fonctionnements, non la transformation de l’Église qui relèverait d’autres processus.

Ces propositions peuvent nous impressionner par leur nombre. En les lisant, vous aurez pu constater que beaucoup d’entre elles mettent en forme et structurent des processus déjà engagés et donnent plus d’ampleur à des décisions prises. D’autres nous font des suggestions neuves, qui appelleront sans doute un travail dans nos diocèses. Permettez-moi de nous inviter à ne pas nous polariser sur les propositions mais à prendre en compte les analyses et les réflexions qui y conduisent. Il me semble que nous avons là un trésor à assimiler dans les mois et les années qui viennent. Nous travaillerons cet après-midi et demain pour aboutir à des propositions susceptibles d’être adoptées. Ce pourra être des décisions qui relèvent de notre assemblée aujourd’hui réunie, mais peut-être aussi des directions de travail à reprendre dans nos Églises particulières.

L’autre grand travail devant nous est la réforme de nos structures.

Deux raisons la rendent nécessaires : le constat qu’après une quinzaine d’année, notre organisation actuelle, quoi qu’il en soit des grands services qu’elle a rendus et qu’elle rend, et qu’y ont rendu et y rendent tant de personnes compétentes et engagées, connaît aussi des limites, manque parfois de souplesse, montre des points d’usure… ; d’autre part, la vigilance que nous devons avoir sur notre équilibre budgétaire. De ce point de vue-là, notre situation s’est fragilisée et, malgré la fin des confinements, pour des raisons internes à la vie ecclésiale et pour des raisons d’économie générale, se fragilisera encore dans les années à venir. Vous le savez : le scénario proposé à notre assemblée a été dégagé des demandes et préconisations à différents niveaux par nous autres, évêques, aidés par nos diocésains et par des séances de travail en province ; ce scénario a été mis au point par un groupe de travail extérieur au conseil permanent qui a travaillé de son côté tout en écoutant le conseil permanent comme d’autres instances de notre Église en France ; il vous a été soumis à plusieurs reprises et a été amélioré ou modifié en tenant compte des remarques faites. Un temps de travail et d’éclaircissements et de précisions nous sera donné. Mais, au bout de ce travail, nous devons prendre une décision, je me permets d’y insister. Nous ne tiendrons pas longtemps la situation de déséquilibre budgétaire dans laquelle nous sommes entrés, le point sur les finances vous permettra de le vérifier. Si nous adoptons ce scénario, un travail sérieux pour repositionner chacun de ceux et celles qui travaillent pour nous, dans une organisation toute différente, devra être mené sans attendre puis, de manière décidée, par le futur conseil permanent et les futurs responsables de champs, de manière à constituer les nouvelles instances de fonctionnement proposées, tout en respectant le droit du travail et la reconnaissance due à nos collaborateurs et collaboratrices.

Nous avons aussi, vous le savez d’autres sujets, parfois d’importance, notamment pour assurer la continuité de nos engagements à l’égard des personnes victimes de violences et agressions sexuelles ou d’abus de pouvoir dans notre Église en France. Le chemin déjà parcouru est important, le travail se fait et se fait bien, même s’il serait souhaitable qu’il aille plus vite. Nous devons prendre les moyens nécessaires pour qu’il puisse aller jusqu’au bout.

Il nous reviendra aussi de procéder à plusieurs élections de présidents de conseils et commissions., même si leurs mandats n’iront pas à leur terme si nous adoptons la transformation proposée. Nous aurons encore à élire nos délégués au synode sur la synodalité, quatre d’entre nous et deux suppléants, qui devront se rendre disponibles à partir du 29 septembre et jusqu’à la fin octobre en 2023 comme en 2024. Mon expérience de Prague, que je partage avec Mgr Joly, m’encourage à attirer votre attention sur la nécessité que ce groupe comprenne des évêques parlant l’italien ou l’anglais ou l’espagnol et ayant le goût de rédiger des contributions au fur et à mesure des discussions et débats. Je rappelle que les noms des élus devront être présentés au Pape qui seul nommera.

©CEF – JP. Pons

Tout ceci est bien grave, et pourtant, permettez-moi, Frères évêques, chers Frères et Sœurs, chers amis, de vous appeler à la joie. Nous nous réjouissons d’être ici, nous sommes heureux de travailler ensemble, y compris avec vous qui vous êtes engagés à notre demande dans les groupes de travail, mais par-dessus tout nous sommes dans la joie de servir l’œuvre du Christ, de permettre à notre Église et à nos diocèses d’être mieux que jamais des Églises du Seigneur Jésus, brillant de la constitution voulue par Dieu de l’Église et libérée de certains modes de fonctionnement, peut-être confortables ou faciles mais qui ont pu laisser des mauvais comportements prospérer. Nous sommes heureux de pouvoir, dans la lumière de l’appel du Pape à la synodalité, goûter le plus possible la communion des baptisés, heureux de faire briller dès ici-bas la vie nouvelle que le Seigneur nous ouvre et à laquelle il nous appelle. Elle se caractérise, nous le savons, par l’élan de la vie baptismale dans la foi, l’espérance et la charité, l’égale dignité de tous les baptisés hommes et femmes, la possibilité de la vie consacrée dans la pauvreté, la chasteté et l’obéissance à la suite de Jésus, le célibat sacerdotal, la sainteté du mariage, et les pauvres, les migrants, les malades, les personnes avec un handicap mis en vérité à la première place. Notre joie est de la voir exister et grandir en tant de personnes que nous rencontrons et d’espérer que le témoignage qu’elle rend au Seigneur soit vu et entendu, « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». Cette joie, nous espérons bien qu’elle sera perceptible, lors des JMJde la visite du Saint-Père à Marseille, du rassemblement Kérygma qui approche, comme elle le sera bientôt, dans la nuit de Pâques. Je vous remercie.