Billet spi : 3e dimanche de Carême

Homélie du Père Georges-Henri Pérès, aumônier de l’UCO-IFSEC, archiviste aux archives historiques de l’Evêché. 

Avons-nous le droit de nous mettre en colère contre Dieu ? Pouvons-nous lui en vouloir ?

C’est une question qui peut se poser fréquemment dans notre existence, lorsqu’il y a un certain nombre de catastrophes. Nos médias se chargent bien de nous rappeler cette violence, violence naturelle, violence de l’homme, quand l’innocent est maltraité, tué, lorsque les propres ministres du Seigneur agissent avec perversion…
Avons-nous donc le droit de faire monter vers Dieu une colère ? (…) Est-ce la responsabilité de Dieu ? Je crois qu’il faut oser aujourd’hui nous poser cette question. 
Comment pouvons-nous tenir à la fois l’existence de cette violence et d’autre part tenir que Dieu est bon, miséricordieux, qu’Il nous aime ? 

Faire monter vers Dieu notre prière, face aux malheurs

D’abord la colère que nous pouvons faire monter vers Dieu, lorsqu’elle est légitime, est possible, de manière étonnante. Lisez les Psaumes. (…)
Notre foi peut tout présenter au Seigneur dans la prière, y compris ce qui nous révolte : là où nous sommes indignés, là où il y a, soit par la main de la nature, soit par la main des hommes, un certain nombre d’injustices.
Et face à cette injustice, oui, notre prière est autorisée à monter. Dieu entend la prière qui monte vers lui. Se mettre en colère vers Dieu n’est peut-être pas le plus juste, mais en tous cas faire monter vers le Seigneur une prière qui manifeste notre indignation, notre colère par rapport à des évènements de notre monde d’aujourd’hui fait partie aussi de notre foi.
Certes notre prière ne doit pas être fondée uniquement sur une somme de revendications ; ce n’est pas notre manière de faire – notre prière passe aussi par une action de grâce pour les bienfaits de Dieu – mais, de manière juste, elle peut présenter à Dieu tous les malheurs et les difficultés de notre temps.
Néanmoins le Seigneur Jésus y met aujourd’hui une condition. C’est vrai qu’il y a ces catastrophes, cette violence qui habite notre monde mais le Seigneur aujourd’hui nous interroge : est-ce que vous-mêmes êtes totalement tournés vers moi ? Est-ce que vous-même êtes partisans, collaborateurs de cette violence ? C’est une interrogation que le Seigneur nous pose. « Si vous ne vous convertissez pas, il vous arrivera la même chose ». Jésus nous demande d’abord cette conversion.

Nous ne pouvons comprendre cet Evangile qu’à travers la parabole du figuier. 

Nous convertir, en profondeur

Est-ce que notre vie cherche à se conformer à la volonté de Dieu ? Est-ce qu’à l’instar de ce figuier, nous portons du fruit ?
La première chose : si notre prière, mue par notre colère face aux évènements malheureux, peut monter vers Dieu, elle exige aussi de notre part une conversion en profondeur.
Ce temps de Carême nous y appelle : chercher au fond de nous-même ce qui ne répond pas à la volonté de Dieu, ce qui même est responsable, dans une certaine mesure, de la violence du monde.
Le Christ nous demande aujourd’hui de regarder avec humilité nos existences (St Paul dans la 2e lecture) pour être capable d’en extirper ce qui est à l’origine du péché.

La miséricorde de Dieu est toujours là

La deuxième chose, c’est l’assurance indéfectible, solide, que le Seigneur penche toujours son visage vers nous. Il n’est pas absent de nos réalités. Malgré la souffrance, les malheurs, les désarrois, nous devons garder cette confiance que la Miséricorde de Dieu est toujours là pour nous. « J’ai vu, dit le Seigneur à Moïse, le malheur de mon peuple ».
Il appartient à tous ceux qui veulent suivre le Christ de coopérer à ce que cette souffrance diminue.

Je ne suis pas idéaliste en disant cela, je ne suis pas exempt non plus de colère. Mais parfois, peut monter au fond de mon propre cœur : « Pourquoi Seigneur fais-tu cela ? Pourquoi permets-tu cela ? ».
Face à ce mystère, il nous appartient, lorsque monte légitimement cette remarque vis-à-vis de Dieu, de demander au Seigneur de nous convertir. Seigneur, viens d’abord convertir mon propre cœur, viens le convertir, que moi je ne sois jamais partisan, collaborateur du mal.
Si nous croyons en profondeur que Dieu créateur de toute chose l’a fait par amour et continue de nous maintenir dans cette création par Son amour, nous devons être capables de demander au Seigneur, d’abord, de nous transformer afin qu’ à notre tour nous soyons capable de transformer ce monde.

Pour ressusciter avec le Christ

La miséricorde de Dieu, cet amour qui est capable de nous relever de notre misère, de nous ressusciter, doit agir au fond de nous.
Le temps du Carême a un but : savoir ce dont nous avons besoin, ce qui au fond de notre existence a besoin d’être guéri, d’être relevé. Est-ce que nous voulons ressusciter au matin de Pâques ? Est-ce que nous voulons nous relever avec le Christ d’entre les morts ?
Pour cela, il nous faut accepter que meurt dans notre propre existence le péché. Mais qu’allons nous crucifier avec le Seigneur Jésus le jour du vendredi saint, afin que nous-mêmes ressuscitions, afin que nous soyons libérés ?

La prière, la pénitence, le jeûne, l’aumône : tout ce que le temps du Carême nous demande de faire a pour but de révéler au fond de nous-même ce qui doit véritablement disparaître, ce qui est de l’ordre de nos idoles, ce mal avec lequel nous collaborons trop souvent.
Acceptons cette lumière du Seigneur, assurés de cette miséricorde, assurés qu’il peut nous convertir, pleinement, totalement. Et n’ayons pas peur de nous présenter face à Lui.

Seigneur, malgré mes colères, et même si bien souvent je ne comprends pas ta volonté, ta providence, ni ce que tu permets, viens d’abord enlever de mon cœur mes idoles et mon péché, afin que moi aussi, avec le Seigneur Jésus, je puisse ressusciter ! Amen.